vendredi 24 avril 2015

"Mémoire de yoga n°10"


LA VOIX

Tendez l'oreille à ce chapitre nouveau, la voix mérite qu'on lui prête une oreille attentive. On ne parle pas assez de la voix, aussi voi(x)-là la voix.

A la naissance, le petit d'homme a toutes les capacités techniques et psychologiques pour émettre des sons couvrant de 4 à 5 octaves, bien que le larynx ne se mette en place, pour le garçon comme pour la fille, qu'au moment de la puberté. Sorti de la densité de l'eau, de la chaleur du liquide amniotique, il va se saisir des muscles de la phonation pour se faire entendre. La mère va favoriser cette expression, utilisant elle aussi sa voix "du corps".

La boucle de communication s'établit alors, et s'installe, durant une période qui va conduire l'enfant jusqu'au stade pré-verbal. Dans le même temps, le développement psycho-moteur va le conduire vers la position verticale, avec toutes les hésitations corporelles liées au déséquilibre. Au plan du langage, les premiers mots apparaissent et c'est alors que le seuil de tolérance auditif des parents va diminuer. Car, dès lors que l'enfant acquiert la position verticale, qu'il manipule les mots du langage pré-verbal, les attitudes des parents vont aller à l'encontre de la poursuite de ces perceptions. Ainsi, le prix à payer pour notre évolution, et notre maturation, est de nous entendre dire : "Maintenant que tu marches, ne traînes plus par terre", "Maintenant que tu parles, ne cries plus".

"Sois vertical et ne cries plus" : voilà comment des 5 octaves prometteuses, on régresse à une octave (registre d'un homme moyen non entraîné au chant).
Une octave correspond à une gamme complète :
Do  - Ré - Mi - Fa - Sol - La - Si - Do

Et c'est alors que la voix, qui a été le lien entre l'organique et l'organisation, entre le corps biologique et le corps de la langue, voici donc que la voix est investie de cette fonction qui devient unique, faisant de l'enfant un "être de langage" linéaire, une "tête" quantitative, au détriment du corps biologique, de la "voix du corps".
Le cri, la voix du jeu, l'interpellation sonore puissante ne sera plus autorisée que dans la cour de récréation, de re-création, ou de régression.
Adulte, nous aurons encore cette perception inconsciente que sensation et mouvement sont réciproquement liés, et qu'ils constituent l'articulation intérieure du dynamisme vital : le souffle, le cri, le geste, sont des mouvements anarchiques répondant aux sollicitations du monde.
Ainsi, comme le dit "Grotowsky" : "Libérer sa voix, ce n'est pas travailler avec l'appareil vocal au sens où il faudrait fixer son attention sur le travail vocal, au contraire, il faut travailler comme si le corps chantait, comme si le corps parlait.
Notre voix devient alors notre "carte de visite". Créant un espace sonore repérable, reconnaissable, elle va permettre à l'autre de nous situer, de nous re-connaître. Elle nous dévoilera également, selon qu'elle laissera transparaître nos émotions, nos inhibitions, nos craintes. La boule dans la gorge, la voix qui se veut douce afin de nous séduire plus facilement, ou la voix tonitruante qui occupera l'espace de communication, sans laisser à l'autre une place sonore ...

Nous voilà encore dans notre voix ... Celle que l'on utilise pour se faire entendre et comprendre de notre environnement. En sortir, dépasser les limites, voir au delà d'elle, comment nous sommes "faits" vocalement, retrouver des voix dites "archaïques", retrouver la sensation qui nous fait prendre conscience que c'est notre corps qui porte cette voix, et qu'à être mal dans son corps, on est forcément "mal dans sa voix", trouver d'autre timbres, d'autres sonorités, d'autres émotions, découvrir ce qui est, ou a été caché, retrouver son identité ... Voilà quelques pistes de travail.

Notre voix est faite de vibrations reçues dans notre tête et notre corps. C'est pour cela que le magnétophone, le plus sophistiqué soit-il, ne rend jamais ce que nous entendons habituellement au travers de notre propres résonateurs.




Après le Chat de Geluck, le "raisonateur", voilà :
Nasreddin, le fou qui vous rend sage (ou bien le contraire), un ajout épicé qui donne encore plus de goût et de couleurs à ce mémoire. Voici donc une histoire que je placerais bien volontiers juste après le sentencieux (chantencieux) "Sois vertical, ne cries pas !
"Du haut du minaret, Mulla Nasreddin lance l'appel à la prière. Puis, il se précipite hors de la mosquée, en courant à toutes jambes.- Où vas tu Mulla ? lui crie un fidèle.- C'est l'appel le plus puissant que j'ai jamais lancé, hurle Nasreddin. Je m'en vais aussi loin que possible pour voir jusqu'où on peut l'entendre."
Je me souviens avoir raconté cette blague initiatique sans réaction du public. Un silence total, glacial, me faisait de l'effroi dans l'dos !
Heureusement, j'ai été sauvé par un coup de gong (j'avais tout prévu). C'était la première d'une conterie musicale consacrée à Nasreddin. Sans mon coup de gong, je crois bien  que je serai resté sans voix !!!

"Haltère-écho" !
Cette autre histoire du Mulla illustre ce constat : notre voix nous paraît étrange, étrangère, modifiée lorsqu'on l'entend enregistrée par un magnétophone. La conduction du son par les os "haltère" l'écho de l'égo, ce qui donne du tonus et du poids à la voix. Avec notre écoute placée sur la conduction aérienne du son, notre organe vocal nous paraît plus muselé que musclé.
Alors après, faut pas s'étonner si Nasreddin en fait des tonnes :
"Nasreddin chante sous sa douche et découvre le charme de sa voix. Cela lui donne l'envie de remplacer le muezzin.
Il se rend au minaret et se met à chanter.
Les fidèles sont agacés.
Rapidement, il constate que son chant est vraiment désagréable à entendre et pense qu'on aurait dû installer une douche dans le minaret. Mais voilà, le monde est mal fait !"





La suite, la semaine prochaine, d'ici là : "bon chant, bon vent !"


vendredi 17 avril 2015

"Yogis amis unis pour l'avis"


Ciel ! Du courriel, mon amie Catherine A. prof de Yoga à Levallois-Perret (la voilà repérée), m'envoie ce texte yogique :
"Ma séance de yoga du corps que l'on A au corps que l'on EST" 
Le yoga part d'un point de vue assez pessimiste qui est que le corps est en plusieurs morceaux qu'il s'agit de réunir (yoga signifie "connexion" dans le Dictionnaire étymologique de la langue française, O. Bloch et W. Waerburg). 
C'est vrai que lorsqu'on s'allonge sur le tapis, on se sent parfois en mille morceaux : tel creux lombaire est plus ou moins douloureux, telle nuque contractée, une jambe paraît nettement plus courte, le bassin n'est pas symétrique, une omoplate est un peu déviée ... Tout est de guingois, reflet de notre désordre intérieur. Pas étonnant que nous soyons fatigués. Comment l'énergie pourrait-elle circuler dans un tel chaos ?
Alors, il suffit de ne rien faire (et c'est très difficile pour un occidental), de se poser, de se reposer et d'observer attentivement les cinq outils qui permettent la pratique du yoga : le corps, le sol, la gravité, la respiration, la conscience. 
Après ce premier moment de détente et d'intériorisation, la respiration va pouvoir se développer, de bas en haut, apportant son énergie à toute la colonne vertébrale.
Puis les postures (toujours sous le contrôle de la respiration, qui doit rester calme et régulière), vont aider le corps à s'étirer, se fléchir, se mettre en torsion, s'ouvrir et l'énergie qui était bloquée dans certaines articulations, va de mieux en mieux circuler, rassemblant le haut et le bas, la droite et la gauche, l'avant et l'arrière, l'intérieur et l'extérieur. 
Et quand le corps aura été bercé, roulé dans tous les sens, comme un galet dans la mer, il pourra enfin sentir son poids et demeurer en repos.
Après un temps de rotation de la conscience dans toutes les parties du corps, guidé par la voix de l'enseignant, l'adepte du yoga recueillera, avec émerveillement, le fruit de sa pratique (faite de lâcher-prise et de rigueur) : harmonie, vibration intérieure, présence du corps qu'il EST. 
Rien à voir avec ces compétitions qui se pratiquent aujourd'hui en Inde ou aux USA.




Lorsque Catherine en a ras le bol de vibrer yoga, qu'elle en a plein les guibolles de suivre le énième
stage plus meilleur bien que le précédent, elle va voir ailleurs si elle y est.
Elle marche bien, ses gambettes l'emmène loin. Dans les quatre peintures qui suivent, elle nous promène au Maroc. Avec son regard à l'affût et son instinct de survie, elle repère et se désaltère, c'est nécessaire dans ces endroits déserts. Elle se pose, dispose le matériel et les pinceaux s'en mêlent, en voici quatre "Cat" belles aquarelles :




Après Cat croque le Maroc, voici en réponse à l'e-miel goûteux d'une butineuse de vie, la version de Yann le yogi baroque et loufoque :

En ce qui me concerne, je me sens raide comme un bâton tordu. Morcelé ?
Pas vraiment, la raideur se niche un peu partout !
La pause yoga est nécessaire. Au fur et à mesure (dans le sens mesuré et musical), la séance va m'apporter ses bienfaits. Si je suis bien présent, je profiterai d'une heure de répit réparateur.
L'esprit, lui, est dispersé, il faut que j'le "plug" afin d'éviter le "bug" (le connecter au corps pour ne pas laisser place au bazar).

Revenir à la phrase de Nietzsche :
"Chaque homme cache en lui
un enfant qui veut jouer."
Se laisser aller, faire confiance à la voix du guide (pour la pratique en solo, idem avec sa petite voix intérieure) et en animal naïf, redevenir "un bleu", un humain qui a les pieds sur terre (humain, humus, humilité).
Les adultes sont des enfants qui se préoccupent des autres et agissent avec eux !


J'imagine, la longiligne Cat'rine reine féline en séance, un yogide dit "étirez-vous". A partir de là, son amour du voyage lui fait comprendre "et tirez-vous",
Cat quitte sa posture d'écoute, s'évade, divague et dans sa tête, part en cat'imini sans faire de bruit.
Une fois revenue de ses écarts, se rendant compte de son absence, écarlate, elle s'éclate en mille morceaux.
Du coup, son creux lombaire est douloureux, sa nuque contractée est à Honolulu, elle a des papous dans la tête, son foie qu'est pas droit et sa rate qui s'dilate !
Ah ! mon dieu qu'c'est en béton ...

Je plaisante (le "cat-lembour" est si facile) mais on peut remplacer Cat la discrète par Yann le distrait.
Revenons donc aux conséquences de l'absence (au cours ou pendant la séance).
Il vaut mieux être régulier ... avec soi-même car si on ne fait rien de durable, l'absence de pratique rend la vie duraille (surtout pour un type de mon genre avec Miss Parkinson à l'affût).
Alors, hélas ! le temps passe, tasse, l'humilité laisse place à l'humidité et tu finis par faire un constat de dégât des os, des tendons, des tensions ...
Bref, tu rouilles et tu dérouilles. Et comme dit l'ami yogi Henri :
- Y faudrait mettre de l'huile d'olive dans les articulations.


Ce yogi de bureau est en train de se noyer dans ses contradictions, il va finir par boire la tasse vide et écrire comme un pied !

Cat'ring nous donne ses cinq outils (le corps, le sol, la gravité, la respiration et la conscience), mots qui sonnent si bien à mes oreilles !
Ils s'entendent à merveille avec ces quelques conseils.
Résumons l'esprit du yogi, il lui faut aborder les postures avec :
  • L'engagement physique et mental juste. Au niveau volonté, préférer "volontiers" à "violenter" et s'efforcer (à se faire du bien) à se forcer (et se donner bien du mal) !
  • La conscience de la respiration et son contrôle, afin de ne pas créer de stress respiratoire, mais plutôt de la caresse soufflée.
  • L'écoute du corps, l'attention à soi, l'accueil et la cueillette des sensations.
  • La coordination du geste et du souffle, avec pour tempo la douceur et la grâce de la lenteur sensorielle. Prendre le temps de ne pas aller trop vite et synchroniser apportent rythme, harmonie et fluidité !
  • La vigilance constante de la posture (avant, pendant et après), à notre époque de zapping (c'est contraignant et contrariant pour beaucoup de gens d'être présent) mais saperlipopette ! qu'il est plaisant d'être présent.
  • Du temps d'observation pour accueillir les effets de la posture.
Voilà, amie yogini, n'hésite pas à m'envoyer du vécu de prof de yoga.
Un peu en retard, je te souhaite un joyeux "amieversaire" !!!
Allez, caresses et bises à l'oeil et à la semaine prochaine pour de nouvelles bonnes vibrations !






vendredi 10 avril 2015

"De Nietzsche à Hitchcock"


"Chaque homme cache en lui
un enfant qui veut jouer."
Nietzsche

- Nietzsche !
- Athée souhait ! Ah ! toi, t'as le nez pris.
- Oui, je suis "pris au nez" de tout ce qui encombre mon esprit.
Ma vie et ma vue, c'est l'bazar, j'me sens bizarre. Le vent m'a frappé, je suis "embrhumé". Le vent, c'est mon esprit agité.
- Il paraît qu'en Allemagne, les gens qui n'aiment pas Nietzsche, qui ne peuvent pas le sentir, l'éternuent !
- "Nietzsche" ! C'est peut-être l'équivalent violent de notre "A ... tchoum" !
Comme je ne sais pas ce que ce Mr Tchoum nous a fait pour nous sortir par les trous de nez, j'imagine une version positive.
Je visualise plutôt un djinn tonique, aux mimiques comiques, qui sort, tel un émouvant nouveau né, afin de nous rappeler que se cache en nous un enfant qui veut jouer.
- En fait, les personnes qui s'évertuent à éternuer "Nietzsche !",sont des gens qui ne veulent pas reconnaître en eux, le gamin qui veut s'amuser. Du coup, ils ont le moutard qui leur monte au nez !
 - Lorsque l'on n'a que mépris pour le genre "hume-ain", on a le nez pris et donc, on ne peut pas avoir le nez creux et reconnaître l'esprit riche et raffi-nez d'un Friedrich Nietzsche !


Pour Nietzsche, le corps est plus spirituel que l'esprit lui-même.
A spirituel, spirituel et demi, semble dire ce slogan d'enfant de choeur :
"God is dead" (Nietzsche) !
"God is Dad" (Jesus) !!
"Nietzsche is dead (God ) !!!
Et en français (lu dans la bible), on pourrait rage-où t'es ?
"Les narines me brûlent" dit Dieu en colère.


"Gestuologie"
Sur le corps on peut lire aussi (ce qui est bien pratique lorsqu'on est au café et qu'on a fini son livre, il suffit de regarder autour de soi), en plus, il nous apprend des choses :
"Il y a plus de savoir dans ton corps que dans la philosophie la plus profonde."
Nietzsche
De son corps spirituel, Miller en rit !
Lorsque la compagne migraineuse d'Henri Miller (obsédé textuel et sexuel), le voyait sortir précipitamment de l'appartement, une bouteille à la main, peut-être lui disait-elle :
- Où cours-tu si vite ?
- Je fonce à mon cours de philo, suis en retard.
- Et comment elle s'appelle celle à qui tu fais la cour de filou ?
Et là, imparable, Miller, du tac au tact, répondait :
"Notre corps physique possède une sagesse qui fait défaut à celui qui l'habite."
- Et ça, c'est pas d'la philo peut-être ?
- Et qu'est-ce t'a dit à la fin, à celui qui la ...
- A celui qui a l'habitude de la ...
- Biture tu voulais dire ?

Que signifient nos gestes ?
La femme délaissée et pas dupe du peu de patience de l'amant Henri, qui s'adressait à lui, ne devait sûrement pas être en train de :
Se frotter les yeux (incrédulité).
Se caresser les mâchoires (réfléchir avant de se décider).
Ou d'avoir :
Le regard dirigé vers le sol (incrédulité face à ce que l'on entend) et :
Les paumes tournées vers le haut (innocence).


Code de conduite "Les modificateurs de la mimique faciale" (lu dans le livre ci-dessus) :
"Le clin d'œil, qui précède ou apparaît simultanément avec les paroles : il indique que ce qu'il accompagne ne doit pas être pris au sérieux.
"Écoutez, c'était vraiment délicieux et en plus, j'ai tellement mangé que je pourrais me passer de repas (clin d'œil) ... pendant au moins un mois !"
Le criminel se reconnaît par son fasciés crime. Même pour ceux qui s'escriment à effacer les traces de leur méfait, c'est un coup d'épée dans l'eau (voir Maître Hitchcock et son film "l'escrime était presque parfait").
L'inspecteur (qui n'oublie jamais d'inspecter avec respect les suspects) et le commissaire (qui s'y connaît en commissures de lèvres, qui lui ont susurré et suggéré tant de malfrats) savent combien le corps parle.
Même le si subtil souffle est éloquent :
" ... Il accompagne la réponse à une question directe. Si j'ai besoin de souffler, je le fais normalement avant de répondre.
En revanche, si je me trouve en rupture de cohérence interne, le souffle intervient après ma réponse, comme si je voulais inconsciemment, par mon expiration, décharger ma conscience de ce poids."

Les muscles faciaux traduisent des sentiments, des comportements et trahissent des égarements de garnements :
Le "Triangulaire"  : abaisse les commissures des lèvres.
Pessimisme, sens de la catastrophe.
Affaire facile pour le commissaire, ce voleur loser est sûr de rater son coup.

De même pour cet autre type "cata-tête à claque" :
La "Houpe" élève le menton et la lèvre inférieure.
Doute de soi, indécision.
Pour lui, à tous les coups, ça l'houpe !!

Un autre profil, celui là, c'est son orgueil qui le perdra.
Le "Canin", tire vers le haut la commissure de la lèvre inférieure,  crée un gonflement à côté de la commissure.
Orgueil, fierté, ascendant sur autrui.
Cette canaille à canin, ce malin qui a du chien n'est pas prêt de se dégonfler. C'est un coriace cet As des as !!!
Soyons à l'écoute de son souffle, alors le boursouflé s'essoufflera !


Le yogi, ayant l'habitude de pratiquer la posture du cadavre, est le plus difficile à dévisager et à envisager comme coupable, surtout s'il a commis un meurtre après méditation.
Question expressivité, il sait faire le mort, tout est intériorisé, rien ne transparaît !
Son visage est un masque et il en maîtrise les muscles.

Adichats !
A bientôt !

Crédits dessin : Scott McCloud (anatomie nez et visage, "Faire de la bande dessinée") et Duc (Le visage impassible, "L'art de la B.D").

vendredi 3 avril 2015

"Muséchothérapie"


"La musique exerce un grand pouvoir."
"La musique est une nécessité pour les parkinsoniens."
Le neurologue Oliver Sacks

Rituel et ritournelle !
Il y a longtemps de cela, au temps ancien où je commençais mon aventure "Éveil Musical" (c'est à dire en 1990), déjà passionné par les harmoniques du son, j'inventais une courte histoire destinée à mettre en valeur mes dernières acquisitions : des bols chantants. Bols qui non seulement chantent, mais en plus, nous regardent :




L'histoire, LA voi-SI, LA voi-LA :

Un jour, un meynierstrel distrait fait une fausse note lors d'un concert organisé par l'association "Des notes justes". qui, s'appuyant sur un règlement intérieur austère, fait régner la terreur de l'erreur. La crainte de la dissonance abrutit et aboutit à une aberration pénale pénible.
Ainsi, tout joueur de fausse note est considéré comme un mécréant à condamner, un damné Faustien mal noté, un fou qui fait du faux. Le juge des notes considère que celui qui rate ses notes, irrite et déroute et met vite le doute au sein du groupe.
Par conséquent, les fausses notes, s'il ose en faire hi hi ! ra (en enfer !).
Le troubadour troublé prend ses jambes à son cou, va se réfugier au pays des "why note, c'est juste ... une note" et se met à l'abri dans une caverne qu'il le rend baba.
- A la bonne heure ! se dit-il en jouant avec le divin son aigu et cristallin des stalactites et avec les stalagmites au son plus grave et plus minéral !

Cette grotte était riche en résonances, elle se trouvait en pays d'Algéguéri, pays des algépluriens. Peuple qui se soigne au son caverneux et joyeux des si chics stalactites énergétiques et des stalag-mythes magiques qui ont tant de sages histoires à nous conter..
Ces espèces de gnawas (musiciens médecins du pays voisin, à l'époque le baroque Maroc n'roll) organisent vivement et dans un court délai, un concert de Maqsim Leforestier (nom de scène donné à l'artiste pour l'occasion).
Le concert "insoliste", insolent et déconcertant, va faire un barouf d'enfer, tout un ramdam nocturne.
Lorsque l'on va se coucher après avoir joué un bon moment avec des stalactites galactiques et des stalagmites moites, on s'endort en faisant des rêves d'allumeur de rêves berbères, on voit des fées et des Fellags, des effets et des gags qui enchantent, chantent et dansent dans ce lieu riche en vibrations où se rencontre écho et "réverbère à sons" !!!
Bref dans cette histoire (contée autrement pour les drolles), je démontrais que les grottes aux sonorités sympathiques étaient de thérapeutiques lieux de lien et de lumière !




Quel écho ainsi danse !
Et v'la t'y pas que je découvre (dans l'excellente émission de France-Inter "Sur les épaules de Darwin" de J.C Ameisen) qu'il existe des archéologues acoustiques (Rupert Hill et son groupe de chercheurs musiciens "Le chant des grottes"). Ceux-ci ont comme perspectives de déterminer les empreintes digitales sonores des cavernes.
Les fresques les plus anciennes de certaines grottes (du nord de l'Espagne) ont été peintes dans le noir. Dans ces conditions, pour l'artiste, le guide, le repère, c'est l'écho !
Ces archéologues ont constaté que les parois sont toujours peintes à l'endroit de la grotte où il y a le plus d'écho, de résonance et de réverbération.
Pascal Quignard en parle si bien :
"Dans les cavernes d'écho, les parois sont des résonateurs nocturnes." 
"L'écho est la voix de l'invisible."
Ainsi, il y a fort longtemps, dans l'obscurité, des hommes ont créée des images sonores, des paysages de sons.



A l'extérieur, la nature les a inspiré, ils ont inventé des instruments de musique :
Flûtes d'os troués, rhombes vrombissants tournoyants au dessus des têtes, racleurs plaintifs de bois de rennes, galets frappés, cor-nes d'auroch (ou de bison, de bouquetin) soufflées, peau animale tendue frappée comme un tambour, trompette de bouleau, flûte de roseau, de sureau, phalanges trouées de rennes  ...




Vu sur le site "Hominidé.com", c'est une flûte en os de vautour qui vaut le détour. Trouvée en Allemagne, c'est le plus vieux des instruments (daté carbone 14 de plus de 35000 ans) !

A l'intérieur, la nature crée elle-même, un décor sonore aquatique et extatique.
Avec tact, les stalactites, plic ! et leurs gouttelettes s'flaquent, plac ! se répandent et se répondent entre-elles, du tac au tac, ploc ! Dans mon histoire, je les comparaient à des lithophones.
"Les grottes du paléolithique sont des instruments de musique dont les parois sont ornées de peintures."
Pascal Quignard
Dans la caverne, les endroits pour D.J, sont des lieux de R.V pour rituel, C.Q.F.D !!!
Dans ces salons où l'on refait le monde en même temps que l'on s'refait une santé, on défend l'écho-se perdues et on pratique la "Muséchothérapie".
"Les parois colorées ont été choisies en fonction de leur qualités acoustiques."
Iégor Reznikov


"L'à racler", une valeur en os chez les hommes pré-hystériques :
- Tu m'énerves, tu vas prendre à racler et tu me fiche la paix, dit le père râleur, racleur mais non violent à son fils agité !

Ainsi tout lieu à écho est un temple, lieu d'intériorisation qui aère l'esprit, tralal'air.
L'arc sert à la chasse mais sert la musique aussi, tralal'art.
La corde vibrante de l'arc sonne comme un chant d'hirondelle qui jubile, tralal'or.
L'arc musical vocalise alors comme une lyre, tralalyre !!!
"Le mot 'harmonie', harmonia en grec
décrit la façon d'attacher les cordes pour les tendre."
Quignard
Et pour ça (tendre), prendre son temps, son tempo, prendre le temps de ne pas aller trop vite, s'allonger, s'étirer et pratiquer le yoga de Nietzsche :
"Nous écoutons la musique avec nos muscles."
L'âme zen d'Ameisen asticote "l'âme-son", pratique la posture du Poisson, suit les conseils de Platon tous les jours et Pâques le vendredi :
"La musique pénètre à l'intérieur du corps et s'empare de l'âme."
Les cris ... Non mais, tentant ce que je vois !
"Écrire, c'est entendre la voix perdue." P. Quignard
Ben, écoute et fait du silence ...
"Le silence n'est  que l'ombre que le langage porte, comme la conscience n'est que la chambre d'écho du langage dans le résonateur de l'âme."
Quignard
Voilà, on nous supprime une heure et je n'ai plus mes repères. Je ne sais plus dans quelle épique époque opaque on vit !!!
Bon, à bientôt.

Crédit photo des Bols Chantants : "Magiedubouddha;com".

vendredi 27 mars 2015

"L'ami d'Annie"


"Voici l'histoire si bizarre, voici l'histoire d'l'ami d'Annie.
L'ami d'Annie n'a pas de wapiti, pas d'kiwi,
pas d'lama, pas d'ibis, pas d'aras, ni d'chat ni d'rat."
Alain Gibert

C'était dans l' temps d'antan, au temps où nous vivions dans le "Neuf-Trois", à Aulnay-sous-Bois. C'était en Septembre 1990, le "Y.A.M" (YogAtelierMusical) accueillait ses premiers participants : des mamans avec leurs enfants. Les gamins n'étaient plus des nourrissons mais dans cet atelier d'Eveil Musical, ils étaient nourris de sons. C'est là que j'ai rencontré Annie ...
Ambiance nostalgie, je surfe sur la toile, direction "Qu'est donc devenue l'amie Annie ?"

Je ne l'avais plus vu depuis  2007. A l'époque, à Aulnay-aux-abois (2005 : émeutes dans son secteur le nord d'Aulnay, les cités excitées s'embrasent) elle était enseignante et vivait des années galères "scolères" et je la retrouve en 2015 "masseur-kinésithérapeute" et responsable de gîtes en Lozère !
Je me dis qu'elle a fini par en avoir marre de ramer à contre-courant, qu'elle a cherché à vivre libre tel l'épicurien bonnard vivant sainement son "Carpe Diem" (jouïr du jour), sans excès (ne pas oublier que l'anagramme de "Carpe Diem" donne : "Ca déprime" !).




Un peu d'étymologie, voyons d'où vient le prénom Annie ?
- Et bien, tu l'a déjà dit, d'Aulnay.
- Oh le niais, le plaisantin, ne sais-tu point, gredin, que le prénom d'Annie vient de l'hébreu "Hannah", qui signifie "la grâce" !
- Ah ! Je n'y entends rien à ton "estime au logis", déjà, rien que le mot, je pige que dalle.
Toi, tu fais l'âne pour avoir du son !
Annie a aussi comme origine la sainte "Anne". Sainte Anne est la mère de Marie et donc la mémé de Jésus. A noter que Marie et Jésus sont nés tous les deux par la grâce du saint esprit.


Quelques bons moments vécus en commun :
En 1993, Tu m'as accueilli dans ta classe "difficile" d'une école primaire "ZEP" du nord d'Aulnay.
C'était ma première conterie musicale avec des marmots de cet âge. Les "marre-mots", tu travaillais à leur donner le goût au langage.
"L'oral est hardi", même pour ces drolles (enfants en patois poitevin) qui ont pourtant la tchatche-catch qui te scotche et la répartie facile. L'écoute des contes était bien au rendez-vous, c'est ainsi que ce jour là, je me suis nourri de bouches bées, de yeux ébaubés (ébahis) et de silences éloquents.
Tu m'as accordé ta confiance, je t'en remercie.





Échange de bons plans.
Le cirque Plume : Le spectacle de "deux heures" fait trois heur'eux.
- Le cirque classique ne casse pas des briques, disais-je.
- Tu as raison, c'est trop lourd. Va donc voir le cirque plume !
Tu nous a emmené voir ces drôles de zigotos, on ne le regrette pas. Au temps de la sieste, il est l'heure d'aller au plume et de se laisser guider par l'imagin'air de ces surprenants poètes acrobates. Enfin du cirque qui respire ... la santé, l'invention et la rigolade !
Annie, c'est un prénom doux qui amène une certaine sympathie, je pense à Annie Fratellini que tu apprécies. En te voyant vivre, avec tes fulgurants fous rires, ponctués d'éloquents "désolée, c'est nerveux !", je me posais cette question :
Laissera t'elle s'épanouir le clown qui est en elle ?
Annie "f'ra t'elle Annie" dans la vie ?
Ou bien un "Docteur Girafe" (un doctueur de maladie qui met des baffes aux douleurs), un clown médecin à sa façon ?




Pas de quatr'heure sans le Quatuor.
Quel est le plus précieux dégoûté ?
A boire et à déguster leurs fameux pastiches, on s'enivre, on s'esclaffe. A voir et à écouter ces épatants musiciens qui s'escriment, virevoltent avec leurs instruments, on se bidonne !
Mort de rire, en comp'annie ... défait, on siffle l'apéro à l'heure de l'opéra et on s'envoie cul sec le pastiche à l'heure de l'apéro !

Le CREAtif actif, à l'Espace Jacques Prévert :
Le 5 à 7 du Trio "Annie-Anne-Yann" !
Ah ! Il nous en aura fait faire des clowneries chantées, cet étonnant Didier Grosjman. Pendant deux ans, une partie des profs d'Aulnay a suivi les cours de "Chant choral pour les enfants",dirigé par le chef de choeur à corps, lui-même.
Avec ses échauffements corporels (respiration anale "Le son vient du bas et monte jusqu'en haut du crâne") et vocaux ("Chantez sans retenue, à en élargir le slip", ses virelangues chantés "C'est un p'tit bonhomme de bois qui mange des patates et pommes de pin"), on ne risquait pas de se faire un claquage des cordes vocales !




Après le dîner, on raconte sa vie au "Bagdad café" !
"The times they are changing" comme "dit l'Anne", après le temps de la formation, voici celui de la transformation :
De ton statut de masseur kiné, en passant par celui de la mère au foyer, de l'enseignante à la directrice d'école, l'amie accueillante de la rue François Massé migre, redevient masseur kiné et se retrouve responsable de gîtes en Lozère !

Voilà, c'était mon message spécial "copinâge" (copinage pour une copine du même âge).
Comme le temps passe, il se fait tard, il faut que je rentre chez moi.
Amie, je te souhaite un soyeux Annieversaire !!!
J'ai pas vu le temps passer, désolé pour le jour de retard (en même temps, le vendredi, c'est le jour où je publie mes petites "Anneries").



vendredi 20 mars 2015

De Cuba à Charb !


"L'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre."
Wolinski
"Trois portraits", suite et fin de l'hommage "Charlie".


"La jungle", dessin du jeune Wolinski (début des année 60).

Wolinski, l'homme qui aimait les femmes (ça se voyait dans ses dessins) :
"Wolin", c'est ainsi qu'on le nomme dans la bande à Cavanna. Lorsqu'il entre au journal "Hara-kiri hebdo", il fait dans le genre dessin réaliste, très fouillé avec plein de traits. Cela déplaît au rédac-chef Cavanna qui lui dit :
- C'est trop compliqué, fait plus simple, bon sang !!!
Un jour, au resto avec Cavanna, Wolin gribouille un dessin vite fait sur la nappe en papier.
- Et bien voilà, t'as trouvé. Tu vois, c'est ça le style "Hara-kiri" !


Cabu dessine dans la poche de son manteau, incognito. Wolin, lui, dessine sur les murs de resto, et joue avec la langue avec brio !!!

Alors, il s'y est mis, Wolinski, au dessin vif et spontané. Wolin, pied noir au pied lent (nonchalant), a l'esprit vif et la main habile :
"Le bâclé, j'en ai fait un style."
Effectivement, son dessin est rapide, simple et tout comme Cabu, son trait est léger et volubile. Ses dessins érotiques libèrent, décoincent la société puritaine et cadenassée des années 60-70.
Pour sa part, il adore Topor, est fou de Dubout et trouve Chaval, génial.
Il n'a pas tort et il a un bon goût (rien que du "pas banal" dans ses références).
Et puis, bien sûr, son pote Reiser, mort beaucoup trop tôt (au même âge que Coluche, soit 42 ans), qui faisait souvent la couv' de Charlie.
Afin que les morts vivent encore et nous enrichissent, utilisons leur talent et jouons avec eux. C'est dans cet état d'esprit que je vous dévoile la une du prochain Charlie ...


Et puis, y'a les textes, atypiques eux aussi. J'ai en mémoire ces planches aux dialogues de sourds, surréalistes et absurdes, entre un type mesquin, requin, malsain et un gars gras et lourd dans ses jugements.

Il y a aussi, la richesse de son vocabulaire (une pléthore d'adjectifs donne des phylactères de caractère) et ses aphorismes de qualité, tels :
"L'humoriste est rarement un salaud, souvent, c'est un homme sans illusions."
"L'auto-culture, ça veut dire que je ne lis que ce que j'écris ... alors, plus j'écris des choses intelligentes, plus je dis des choses intelligentes."
"Quand on veut faire le bonheur de l'humanité, il faut commencer par soi-même."


Autoportrait (fin des années 90) de l'homme qui aimait ...

Tignous, trait original !




Tignous, encore un vol-ubile, aérien dans ses dessins dansant, mais l'humour est terrien (c'est ce concret qui l'intéresse). C'est un "repor-terre" convainquant (je l'ai vu défendre intelligemment l'écologie lors d'un débat au salon Marjolaine).
Ses dessins visaient souvent justes, ils étaient humains et faisaient du bien. Nous les classerons donc avec une bonne note sur l'échelle de ... riche-terre !
Son dessin, c'est un dessin de bigleux et aussi, comme son nom l'indique, un dessin de teigneux.
Il t'emmène dans la poésie. Le trait se promène, chaloupé, sensuel.
C'est un trait relâché à la Reiser (tiens un autre penseur réaliste de l'écologie). Les fanas d'écologie aux traits de génie, font ils tous des dessins de yogi ?
"Un dessin réussi prête à réfléchir et à rire."
Tignous



Charb :
"Je ris de ce que je veux, quand je veux."
Après le "bigleux teigneux et heureux", voici le "bigleux extravagant et clairvoyant".
On ne va pas "Reiservé" le si talentueux Reiser au seul Tignous.
Charb, le Reiser du 21 ème siècle, n'a pas froid aux yeux. Il n'a pas non plus la peur au ventre. Il a l'apparence d'un ado mais il est costaud, le dirlo de "Charbie-Abdo" !
Son propos est musclé et sa parole n'est pas muselée, ses personnages ont le nez en pomme de terre et lui, en a gros sur la patate (et sa colère la lui donne).
Il va droit à l'essentiel, il a l'esprit pratique et critique. Son dessin "coup de poing" fait dans le genre court et féroce, c'est un militant anti-limitant, armé de crayons.
Son courageux portable chantait l'appel à la prière avec son fameux "Allah Akbar" !
Si quelqu'un l'avait appelé au moment de l'attentat, les frères "pois chiche" auraient entendu "l'appel allah prière" sortant de son portable et alors ...




"Le premier homme qui est mort a dû être drôlement surpris."
Wolinski
C'est Wolinski qui a le mot de la fin ...
Et c'est Charb qui signe le dessin de la fin ... Triste réalité et déprimant destin !





vendredi 13 mars 2015

De Cabu à Cuba !




Hommage aux dessinateurs de "Charlie",  j'ai passé tant de bons moments en leur compagnie. Voici quelques traits d'humour sur les dessinateurs Cabu et Wolinski.

Traits d'union :
Quel étrange destin ont eu ces deux artistes pas tristes du dessin de presse, gourmands pour qui la vie était un festin. Quel mektoub pourri de fin de vie pour ces deux mecs tout bon dans leur passion. Ces deux tempéraments différents, aux parcours si proches, avaient le cœur à rire. Le duo meurt en chœur avec d'autres hommes de valeur (entre autres : Tignous, Charb, Honoré et Maris).

Points communs :
Ils sont de la même génération (nés dans les années 30), font leurs "sévices militaires" pendant deux ans et demi en Algérie, puis rentrent en même temps à Charlie ("Hara-kiri", début 60). Ces dingues de dessin exercent leur talent dans différents journaux, ont la même admiration réciproque pour Cavanna (lui-même baba devant Cabu et Wolin), font tout deux la promotion de Dubout dont ils admirent le talent, adorent voyager (l'un pour croquer l'incongru, l'autre pour gribouiller les bouilles de ses nouveaux amis et pour danser la salsa avec les cubaines).

Point final :
Ils sont assassinés ensemble, au même moment dans les locaux de Charlie-Hebdo !




Cabu :
Regardez-le cet éternel ado rigolo à la tête d'enfant espiègle, rieur farceur, tendre moqueur, véloce féroce qui point ne négocie contre la connerie et en même temps si gentil dans la vie. Ardent défenseur de l'écologie, il faisait sa part, comme tout petit colibri qui se respecte. Ce "colibrius" là,
je me souviens de l'avoir croisé à Paris au marché bio "Raspail" un dimanche matin.
Autre rencontre (plus riche celle-ci) :
Dans les quartiers chics du seizième arrondissement parisien, nous avons devisé sur l'armée et nous avons eu des visées philo sur un monde plus écolo (au "Trocadéro", lire le message du 9.01.2015).
Et puis, une autre fois, nous avons "davisé", c'est à dire échangé des propos sur le jazz en général et Miles Davis en particulier (dans la Maison de la Radio après son "Inter-vention" dans l'émission de Claude Villers "Les Flagrants Délires").
C'est un vrai fan de jazz et de Trenet (tous les matins, il boit un café au Big-band et au "fou chantant").
Après ça, il peut "swinguer" avec sa main, son instrument jazzy à lui, c'est le crayon be-bop. Et là, hopopop ! il en connaît un rayon, du coup, il dessine sans arrêt et partout. Bon, vous avez compris,, il dessine comme il respire. Enfin, il a dessiné jusqu'à son dernier souffle, jusqu'à ce qu'un barbare l'ai obligé à tirer un trait sur sa vie !



"Ce n'est pas parce que j'ai perdu ma gomme,qu'il faut qu'on me dégomme."

Du coup du sort, passons au coup de crayon, point d'exclamation !!! :
Donc je disais qu'il dessine comme il respire, et il a du souffle, le bougre. En fait, il dessine comme on chante ou comme on joue de la trompette et il a du coffre, l'animal.
Myope comme un taupe, il s'amuse à dessiner à l'aveugle, avec un bout de crayon et un mini bloc à dessin, situé à l'intérieur d'une poche de son manteau.
Il ne s'emmêle jamais les pinceaux, il est toujours gai comme un pinson. Il a le compas dans l'œil et le coup de pinceau qui swingue.
En trois coups de crayon tout est dit.
A tous les coups, il met dans le mille. Pour faire le portrait de l'Emile (ou du Pierre-Paul-Jacques), il est capable de saisir les mille expressions du visage et de le rendre vivant.
L'attrait qu'il a pour l'humain, le trait très juste et son intérêt pour les portraits de gens pris sur le vif, font de lui un redoutable portraitiste.

Tirés à la ligne :
Il va à la pêche au con et son trait de génie fait toujours mouche mais jamais moche.
Il a un super flow (c'est fluide) sans superflu, sans un trait de trop. Ce trait très volubile et son propos profond semblent paraphraser (remplacer la plume par le crayon) Albert Londres :
"Notre métier n'est ni de faire plaisir, ni de donner tort, il est de porter la plume dans la plaie."



Souvent, je me souviens :
De son "Grand Duduche" découvert en 69 dans le journal "Pilote", il avait une dégaine de grand dadais à lunettes, d'élégant dandy dégingandé et un air lunaire qui n'était pas sans me déplaire. Ce faux naïf et vrai malicieux était déjà contestataire et antimilitariste joyeux.
Ce grand échalas maladroit, c'est lui.
Le grand Duduche racontait son époque opaque un peu nunuche !
Ce dadais longiligne la brocardait et moi, jeune gringalet d'une dizaine d'années, à chaque fois que je le lisais, c'était réglé, je me régalais et rigolais à gorge déployée.


De son adjudant Kronenbourg, symbolisant l'armée à la ramasse, la "grande muette" comme une tombe, était alors mise en bière par Cabu.

De son "Mon Beauf" (l'historique à moustache dans "Charlie" et un plus jeune, genre bobo à catogan pour le "Canard enchainé"), facho fâcheux fiché "fait chier" par Cabu qui par ses dessins, nous soulageait de ce sans-gêne sans génie !

De la fille du proviseur et de toutes ses jeunes nénettes mignonettes (dont "les nénés sont placés trop hauts", disait Wolin, spécialiste en croquis craquants de corps féminins, c'est probable mais elles sont adorables, quoi qu'en pense Wolinski, c'est exquis), griffonées puis encrées dans un dessin plutôt farceur de fin observateur.
Alors que Wolin, lui, "grifoufoune" un dessin plus ancré dans sa réalité d'obsédé sexuel !

De ses dessins,dans l'émission de télé "Droit de réponse".
Michel Polac disait de Cabu :
"C'est un poète de l'instant mais aussi un chroniqueur de son temps, qui s'intéresse à tout."


Deux libérateurs moqueurs de corps et de cœur, meurent ...
Deux résistants qui résistaient au temps qui passe, trépassent ...
C'est mon "clin deuil" à ces deux drôles d'oiseaux qu'étaient "Nichons haut" (dans les arbres bios) et "Cuba" (un cigare amigo ?).
A quand un message "Wolin fidel, Charb gai-vara, Tignous à vannes" ?
A bientôt !!!



Et pour finir, ce joyeux joyau cubain, tube incontournable de "Los van van" ; "Que palo" !




P.S : Tous les dessins sont de Cabu.