vendredi 15 avril 2016

"Mémoire de yoga n°22"


"Dylexie lexydisque"

- Vous avez évoqué la dyslexie dans votre exposé/plaidoyer pour la vie, pouvez-vous nous expliciter ce terme ?
 - La dyslexie, c'est la difficulté d'apprendre à lire. On lit avec son oreille. Une plongée dans le passé du terme "leggere", matrice du mot lire, nous rappelle qu'il signifiait "faire la moisson", mieux encore "recueillir par l'oreille".
Lire, étymologiquement, vient aussi de "logos", la parole vivante, la parole prononcée à haute voix.
Autrefois, la lecture c'était du papyrus, et une personne qui le lisait pour un groupe. On pense que la lecture implique l'œil. Jadis, cet acte impliquait fréquemment l'oreille. Le savoir fixé par l'écriture n'est autre qu'un enregistrement de signes.
Les anciens, tels que les Sumériens ou les Phéniciens, se seraient assurément passés du souci de verrouiller les sons de leur langue par des signes s'ils avaient eu à leur disposition un magnétophone. Le signe écrit n'est que du son, qui ne recouvre sa valeur réelle que lorsqu'il a été à nouveau recréé par la restitution sonore de ses éléments dynamiques, phonétiques et linguistiques.
L'écriture ne prend un sens que si elle peut être reproduite, restituée acoustiquement, resonorisée.

- Indiquez nous une voie qui ne soit pas une voie de garage.
- La voix ... Lire à voix haute.
Il est vraiment regrettable que l'on ait perdu cette habitude de lire à haute et intelligible voix, tant il est vrai que c'est là le mode, le plus archaïque sans doute, mais aussi le plus neuro-physiologique, permettant d'intégrer l'information en apportant en même temps au cortex l'énergie nécessaire à cette intégration.
Eh oui, lire à haute voix est aussi très bénéfique pour la stimulation du cerveau.
Chaque enfant et chaque adulte devrait pouvoir s'exercer pendant 4 heures et demies quotidiennement à lire à voix haute, pour faire intervenir les circuits qui, par le canal de l'oreille droite, assurent la véritable mémorisation des connaissances acquises.

- Docteur Tomatis, vous éclairez somptueusement ma petite lanterne. Vous êtes tout simplement en train de m'expliquer pourquoi j'ai pu devenir musicien. En effet, j'ai eu une enfance très livre. N'en faisant qu'à ma tête, j'ai toujours eu beaucoup de caractères ... d'imprimerie devant les yeux. J'ai toujours eu plaisir à lire à haute voix. Mon oreille a ainsi recueilli tous les suffrages favorables à mon évolution.
Cela ne m'étonne pas que maintenant, je sois plutôt "hindou d'oreille" (contrairement aux "durs d'oreille", j'apprécie à sa juste valeur - et quelle valeur ! - la musique indienne dont l'extrême précision développe efficacement la fonction de l'écoute).

- Certaines personnes ont des problèmes pour assimiler les langues étrangères, pouvez-vous leur venir en aide ?
- Oui. Il n'y a pas de don des langues. Certains peuvent parler douze langues, certains dérapent sur la 2ème. Il y a simplement une possibilité, une potentialité d'ouverture du diaphragme auditif.
L'oreille s'ouvre comme un diaphragme de photographie, plus ou moins.
Eh bien le Français a un diaphragme  très limité, sur une octave, et il a beaucoup de mal à l'intégrer dans d'autres univers linguistiques.
Par contre, le Slave dispose de 11 octaves et il a beaucoup de facilité à apprendre tout ce qu'il veut, non pas que son cerveau fonctionne mieux mais son oreille est plus ouverte.
Mail il existe un autre facteur, le temps de latence, le temps que doit mettre le sujet pour s'auto écouter. En effet, lorsqu'on parle, le temps que l'on met pour écouter sa voix varie d'une langue à l'autre.
Un Espagnol parle comme une mitraillette car son temps de latence est très long. L'inconvénient de parler très vite, c'est que cela abrase la possibilité d'apprendre d'autres langues. Le Portugais apprend très facilement, comme les Slaves, toutes les langues. L'espagnol, comme le Français, se trouve bien bloqué dans la sienne.

"Une famille de souris est menacé par un chat. Les enfants souris sont effrayés, la mère les rassure :
- Il ne faut jamais avoir peur, vous allez voir comment on peut résoudre le problème.
La mère sort de son repère, fait face au chat et aboie :
- WOUAF, WOUAF, WOUAF !
Le chat s''enfuit.
- Vous voyez les enfants, dit la mère, l'avantage de connaître plusieurs langues étrangères."



"Pluie de printemps ... un parapluie et un manteau de paille
passent ensemble courant."
Buson
Ah ! Buson, osons Buson, l'un des grands auteurs japonais de haïku !

Ah ! l'ami des mots, celui là, jamais ne s'ennuiera en leur compagnie ! qu'il soit ici ou là, à Paris ou à Essaouira, ce voyageur immobile laissera le bon temps rouler à la lecture de "Zazie dans le métro, station Queneau, lisant la Plaisanterie de Kundera".
Celui qui déprime qu'il lise donc "Spino-joie" le philosophe de la za-gesse souriante :
"Si vous voulez que votre vie vous sourit, apportez lui d'abord votre bonne humeur."
Ou le bienheureux Bouddha :
"Le plaisir se ramasse,
la joie se cueille
et le bonheur se cultive."
Les mots sont des êtres vivants, d'autant plus qu'ils sont dits à voix haute, vibrants sous la langue.
"Lire haut, c'est s'affirmer à soi-même sa lecture."
Victor Hugo
Truculents, succulents, les mots épicuriens font du blé puis partagent le pain entre copains (c'est l'origine du mot copain).
Ces lascars là, lorsqu'ils parlent de cul, rient d'un rien !
Les mots bons vivants se "chatouillent le nénuphar" (se dit au Québec pour "faire l'amour"), jouent et jouissent, puis notent quelques bizarreries de la langue : le mot "coït" a deux points sur le "i" alors que le verbe "jouir" n'en a qu'un.
Les deux points qui s'envoient en l'air font une drôle de tronche. Cela leur donne l'envie de mettre les poings sur les i-diots et les bons points sur le "i" du verbe "jouir" !




Comme le dit si bien Bernard Pivot (lyrique dans "La grande librairie" de Busnel) :
"Les mots sont des caractères et ont du caractère !"
... "Il existe une grande variété de mots :
les faux amis dont il faut se méfier, les incompréhensibles (les "traîtres mots"), les mots compliqués difficiles à écrire ..."
En ski me concerne, ça glisse tout seul. Que neige abusé d'eux, ma préférence va tout naturellement vers les "bons mots", les calembours qui te débarrassent de ces maudits "mauvais maux" et qui font facilement des bonds de cabris avec les "mots gentils" !

Allez, je finis là cette chronique avec ce proverbe japonais :
"Un mot gentil peut réchauffer trois mois d'hiver."
Que je dédicace à l'ami jpfmt !

Crédo d'écrit, euh ! ...crédit déco : 
Pour la photo du chaton mignon (dont certains disent que c'est moi-même en train de relire mon message, laissez les dire) : carte postale ("zazzle.fr").
Pour le dessin, c'est Geluck et son "Chat pitre" !


vendredi 8 avril 2016

"Mémoire de Yoga ¨n°21"



"Écoute, ami, tout est dans l'écoute. Tu ES dans l'écoute.
Écoute ce qui vit autour de toi, ce qui vit en toi. N'écoute pas les sirènes de l'illusion, la voie trop royale de ton moi qui te met si facilement en émoi.
Les cris stridents du singe fou psychique qui s'agite en toi ne doivent pas perturber la magnifique et éloquente musique qui vibre en toi".
"Mes oreilles ont les pieds sur terre". Y.M.

-Docteur Tomatis, quels sont les différents besoins de l'homme pour disposer d'une oreille bien éduquée ?
- Prenons un ordre chronologique. Je vais établir le plan de la vie.
Si le fœtus a des relations difficiles avec la mère parce qu'elle est pathologique, il sera pathologiquement psychiatrique, il risque de devenir un enfant schizophrène.
Si maintenant, cela se passe bien dans le ventre de la mère, mais qu'à la naissance ce soit difficile, l'enfant ne le pardonnera pas à sa mère et se fermera à toute communication en devenant autiste.
Si tout se passe bien à la naissance et que la mère veuille garder cet enfant constamment dans ses bras, dans ses langes, l'enfant va rester au premier stade avant de pouvoir devenir l'homme qui va rentrer dans le langage; il va rester dans son babillage et de "papa-pipi-popo" qu'il savait très bien prononcer au départ, il passera à la chronicité de ce phénomène et il deviendra bègue. 
Si maintenant ce stade est passé, que tout aille bien et que l'enfant à la chance de rencontrer son père entre 5 et 7 ans, il va rentrer dans la première langue étrangère (la première étant la langue maternelle "papa-pipi-popo"), celle du père. Et là, il va rentrer sans difficulté dans la relation avec le père, c'est à dire l'autre, le maître, le livre, la lettre, la Loi.
Si le père est évanescent, s'il ne peut pas jouer ce rôle et s'il ne parle jamais, l'enfant ne rencontrera jamais l'autre, le maître, la Loi ...
- Le père, c'est le "re-père" en quelque sorte.
- Et oui, et sans repère, il risque de rentrer dans le monde de la dyslexie, monde désemparé où jamais le graphisme ne va lui rappeler un son; il ne pourra pas lire, écrire.
Si tout se passe bien, que le père est bien présent et que subitement, il se passe un désordre dans la famille, qu'une mère devienne très envahissante encore une fois, et qu'elle commence à dégrader l'image du père en disant : "ton père est ceci, il boit tous les soirs, il nous laisse tomber pour aller ailleurs "... et bien, l'enfant voit peu à peu s'évanouir cette image d'identification sur laquelle il doit prendre modèle, il a peur d'entrer dans le monde.
Le conflit avec la mémoire de maman apparaît avec toutes les déviations possibles, et la plus grande déviation risque d'être psychiatrique.
On ne doit pas toucher à l 'image du père.
Quels que soient les parents, qu'ils soient d'accord ou non, on doit valoriser l'image de l'autre, car l'enfant est un morceau de l'un et de l'autre, pour que l'enfant ne soit pas écartelé comme il le serait entre deux chevaux qui s'en iraient chacun de leur côté.
Si c'est le père qui touche à l'image de la mère, l'enfant n'a plus envie de vivre, c'est le suicide.
Si c'est la mère qui détériore l'image du père, l'enfant n'a plus envie de devenir, il reste là, bloqué; la seule échappatoire pour lui reste la fuite dans la schizophrénie : les drogues, le routard acharné ...
Après cela, à un moment donné, il y a un tunnel à passer entre 30 et 40 ans.
C'est une période difficile, on se demande pourquoi on est là, ce qu'on fait. C'est que le cerveau se termine tard, vers 40/42 ans.
Chaque fibre cérébrale des 15 milliards de cellules qui sont nées à la naissance, va disposer à un moment précis de gaines de protection, si bien qu'il n'y aura plus de court circuits à l'intérieur du cerveau.
Le cerveau est alors réalisé complètement : soit l'homme devient un vieillard à 42 ans, soit il éclate dans sa réalisation et il s'approchera du philosophe quand il en aura 50 et de la sagesse quand il en aura 60.






Et toc ! ça c'est le style du Doc Tomatis ! il n'a pas toujours tort, mais parfois il y va fort.
Y'a du vrai mais c'est du raide, t'as le bonjour d'Alfred !
En tant que parent éduquant, dans tous les cas de figures, tu t'casses la figure. Mais faut bien dire que si l'on regarde bien le monde ou simplement autour de soi, la réalité, souvent, dépasse la "friction".
Dans ce monde violent, le "sado-maso" toujours en manque d'amour, en redemande puis réclame l'addiction, se rétame et finit par payer le prix fort.
La vie est un bon professeur, si tu n'apprends pas la leçon, elle te la répète !
C'est pour ça qu'il faut tirer le son de tout et donc avoir les oreilles grandes ouvertes. Éduquons nos oreilles et cultivons la joie de vivre !
Ne nous laissons pas envahir par les émotions et les pensées négatives, car elles sont voleuses de joie.
Et qui perd sa joie, perd sa force et sa foi en soi.
Sans confiance en soi s'installe la méfiance, la peur de l'autre, puis la haine.
Plus de confidences, de connivences, de blagues, de blogs, on n'entend plus que des cris alors que tant d'écrits seraient si nécessaires.
Écrivons, crevons l'abcès et donnons l'accès au meilleur de nous-même, on s'entendra mieux car comme dit Confucius ;
"Écrire c'est écouter deux fois."
Adichats !

vendredi 1 avril 2016

"Chacun sa route, chacun son chemin ... "


"Il faut rendre aux hommes une signification spirituelle, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien."
Saint Exupéry

Suite de l'article sur le chemin de St Jacques. En bas de page, j'évoque mon époque "Offrons du grégorien à nos églises et profitons bien du miel sonore de nos abbayes" !


"Chemin de vie" :
Début juin 95, notre fils termine son cycle école publique maternelle "Nonneville" à Aulnay-sous-bois (93). Les mômes de sa classe vont changer de cycle et nous aussi (Dieu seul sait où l'on s'embarque, on vend notre barraque, on va vivre en appart, mais on se sent forts, barraqués, on peut changer de braquet et venir vivre dans une contrée plutôt "gironde").

Le 26 juin, Andernos : je ne sais plus à quel saint me vouer.
Avant le déménagement, je prenais mes dernières leçons de "Chant grégorien" avec la passionnante chanteuse Catherine Braslavsky !
Après deux ans de divines collaborations, me voilà bien armé pour chanter tout seul mes "Jubilate deo", "Cantate Domino", mes "Sanctus" avec ou sans "Ecce" !

Le 25 juillet : Les extrémistes islamistes (GIA) font exploser une bombe dans le RER B, c'est l'horreur (8 morts et 120 blessés).
Pendant que je marchais nonchalamment à la lisière des vaguelettes, un poste radio m'apprend qu'un attentat meurtrier a eu lieu près du café  où je me posais habituellement avant de me rendre à mon cours de chant sacré.
"Place Saint Michel", tout correspond, l'endroit, le moment (le jour et l'heure), j'aurai pu passer de vie à trépas dans ce troquet du "Départ" ... définitif. Transport peu commun, prendre "l'erreur B-Saint-Michel direction "Saint-Pierre".
Mais heureusement, ce jour là, j'étais ailleurs et "higher" comme disent les anglais.
Au lieu de ça, les pieds dans le sable mouillé et les yeux dilatés devant les si jolis seins d'une joyeuse créature, je me ballade en chantant gaiement l'un de mes chants grégoriens !
"Cantate domino", chanter l'univers, l'océan et la vie sur terre !
En tant qu'épicurien curieux, je ne me fais pas de bile, je jubile et je me nourris de ces vibrations célestes et autre ravissements terrestres.
Je maudis les tueurs de Saint-Michel et je me dis que j'ai bien de la chance d'être là, bien vivant et de flâner à "Saint-Eloi plage" !






Le temps passe, vient celui de la rentrée des classes. Fin de matinée, je vais chercher Alexis pour le déjeuner. L'école "Jules Ferry" est sacrément bien placée (en bord de mer, à cinq cent mètres de l'appartement), on y viens à pied par la plage.
Arrivé à l'école, pas de parents, je saisis la montre à gousset de mon pépé, saperlipopette ! je suis en avance. J'en profite pour entrer dans l'église Saint-Eloi située à côté de l'école. Je suis accueilli par le silence. Ce silence éloquent me murmure à l'oreille :
- Vas-y, chantes du grégorien pour faire vibrer d'extase les murs !
L'endroit est désert, j'hésite un instant et puis je m'enhardis, j'ose me lancer dans une interprétation fougueuse et fugueuse, "con vivace" et "molto barroco" du "Cantate Domino".
Je tente même une improvisation "voix de canard" et arabesques inspirées du Maghreb (délicieux ce "Maghreb de canard").
Les  murs me renvoient un peu de "réverb", ce lieu sombre s'allume, suis-je dans un rêve ou dans une rave ?
Saint-Exupéry n'est pas loin, il m'envoie un message aérien par le zéphir de 11 heure 29 :
- Eh ! l'allumeur de rêves berbères, le joueur de réverb beur, laissez là vos enchantements et revenez à la réalité, devinez qui va sortir ?
- Le bon numéro, Alexis l'inventeur de mots (je me souviens de "bumpy" pour parler d'un "dos-d'âne").
Le temps passe comme il passe tout le temps !
Ce plaisir vocal s'est renouvelé pendant quelques années et puis un jour de mauvais temps et de moral dans les chaussettes, je rentrais pour chanter et horreur malheur ! le silence avait quitté les lieux. A la place passait des C.D !
Passé décédé !
Les mois suivants, je suis revenu à Saint Eloi et à chaque fois, j'ai constaté l'indécence de cette absence de silence.
D'autres églises font de même et se banalisent ou se sécurisent (les portes se ferment et se cadenassent).


                                                            Eglise Saint-Eloi


"Chemin devis : pour le "blérinage" de Saint-Jacques n'oubliez pas de "Compostelle" billet ... de banque :
Le pèlerinage n'est plus la voie royale de la foi !
" ... Le chemin est seulement un des produits offerts à la consommation dans le grand bazar postmoderne. Les moines ... proposent des services adaptés au désir de chacun.
Aux touristes, ils proposent, à des prix élevés, des produits monastiques (cartes postales, fromages, confitures). Au 'Yoga groupe', ils réservent les chambres luxueuses du nouveau bâtiment.
Quant à ces pouilleux de pèlerins ... ceux qui viennent frapper à leur porte sont les plus démunis ou les plus radins ... Les moines, tradition oblige, assurent pour les pèlerins un service, mais  minimum."
J.C Rufin

Je m'aperçois que par rapport au sujet annoncé, j'ai du prendre un chemin de traverse. Ce n'est pas grave car :
"Chacun sa route, chacun son chemin ..."
Allez chanter du grégorien dans les églises, ça f'ra revenir le silence !!!
Bon chemin, bonne semaine.




vendredi 25 mars 2016

"Suivez le yogide J.C Rufin"


"... en partant pour Saint-Jacques, je ne cherchais rien et je l'ai trouvé."
J.C Rufin

Le monde du yoga ressemble au monde en général.
Parmi les profs de yoga, on a les faiseurs de fric aux belles phrases chics et les faiseurs de gens mieux dans leur peau.
Il y a les agités qui t'attirent avec leurs apparences, leurs appeaux et qui te racontent du pipeau !
Il y a les tranquilles sans oripeaux, qui jouent de la musique planante pendant la relaxation, des apaisants plaisants qui te posent et te reposent !
Et puis il y a Rufin qui nous plaisante les premiers, les appelant "yogistes". Joli mot que j'adopte illico presto, ainsi, pour moi, il y aura maintenant les yogistes tristes et les yogis ravis !!!




"Trois Om et un Rufin" : de quoi être "hébébété" face à cette "puérile-culture" !
" ... la porte de l'église s'ouvrit brutalement. Les moines ne cillèrent pas et continuèrent de chanter. Mais pour nous, pèlerins, dont la foi était mal armée et l'extase fragile, cette interruption coupa l'élan spirituel.
Une personne entra, puis deux, puis quatre et jusqu'à une vingtaine ... Des flashes éclataient dans l'obscurité. Les intrus s'interpellaient d'une voix supposément basse mais qui suffisait à couvrir les douces sonorités du chant grégorien.
Sans nulle vergogne, les visiteurs se répandirent en signes de croix et génuflexions maladroites et s'assirent dans les travées. Le bruit des pages de psautier tournées en désordre prolongea cette agitation. Les plus habitués conseillaient aux autres des numéros et tendaient de reprendre l'antienne d'une voix fausse.
Après cinq minutes de ce manège, et à l'appel d'un mystérieux signal, les visiteurs se levèrent et partirent tous ensemble, non sans avoir pris encore quelques photos et fait grincer vingt fois la porte.
Les vêpres se terminèrent dans une ambiance que cette interruption avait dévastée.
Quand nous nous retrouvâmes dehors sous le porche avec les autres pèlerins, les conversations portèrent sur les malotrus qui avaient débarqué."


                                                                   "Tintin au Tibet"
                                         

Après tout ce "Tintin-marre", Finfin aux types bêtes déclare son courroux.
Gregorio le moine leur parle de ces touristes à risques, de ces barbares barbants :
"Que viennent-ils faire ici ?
- Une retraite.
- Mais en quoi consiste-t-elle ?
- Ils pratiquent le yoga.
Nous remarquâmes que, en effet, au dos des tee-shirts blancs que portaient les stagiaires, était inscrit 'Yoga group' !"
Repas  "bour'joie" pour les "yogistes" repus et pâtée triste des moines pour les "Jacquets" (marcheur de "Saint Jacques") rompus à la vie simple !
Les  pèlerins ont l'estomac dans les talons abîmés,  c'est pas l'pied. Pendant qu'leur ventre gargouille, celui des yogistes retraités retraitant est aux anges !




Sam arche et Sam pèze !
Sur le chemin de Saint Jacques, on rencontre ceux qui n'ont rien ... à perdre et ceux qui ont tout ... ce qu'il faut (et même plus).
Le yogi ravi Sam Arche, l'esthète de MUL (Marche Ultra Légère) voyage avec ses semelles de vent.
Le yogiste triste Sam Pèze, flashe, tweete, t'évite, mâche et marche avec son pesant sac'ado et ses gros "God'illots" (de chez "Shiva bien" la marque chébran du moment).
Le poids de ton barda représente ta peur de manquer.
Il y a ceux, libres comme l'air, pour qui, malgré tout, ça marche et les autres, les voyageurs organisés "un car serrés", pas libres de leurs mouvements, ces papys "yogis photographies" qui, très fiers, font la posture du trépied mais pas plus que trois pas.


Il fût un temps où fûté et osé, j'allais chanter dans les églises. J'faisais ma loi dans l'église Saint-Eloi chantant ma foi et ma joie en moi ! ...
La suite, la semaine prochaine, d'ici là, n'hésitez pas à lire le bouquin de Rufin et à marcher sans fin en chantant le chant des pèlerins !
Bon vent à tous que vous soyez "Jacquet le sainplet", "Jack'pote le friqué" ou "Jacquouille la fripouille" !





vendredi 18 mars 2016

"Le conte est bon : Nasr Eddin" n° 6



"L'Ahimsa (la Non-violence) n'est pas compatible avec la crainte."
Gandhi

Voici une autre façon de présenter l'histoire du grammairien (message du 11.03.16). Cela vient de "Nasreddin et Samira" (Patrice Lesourd et Céka).



"Une méprise de mains prises" :
"Mulla Nasreddin partait pour un voyage lointain, aussi s'était-il muni d'un cimeterre et d'une lance.
En  chemin,  un bandit armé d'un simple bâton se jeta sur lui et le Mulla se retrouva tout nu.
Quand il parvint à la ville, il raconta sa mésaventure à ses amis qui lui demandèrent comment il se faisait que muni d'un cimeterre et d'une lance, il n'ait pu avoir raison d'un voleur armé d'un simple bâton.
- Le problème, expliqua Nasreddin, est justement que j'avais les deux mains prises : l'une pour le cimeterre et l'autre pour la lance. Comment vouliez vous que je m'en sorte ?"

"Le sale air de la peur te fait payer cher l'addiction" :
La peur, ça r'met la raison en question, ça r'mue le ciboulot, alors pour l'effacer, il faut calmer le jeu, réfléchir et s'armer de ... patience !
N'fais ni le buzz parano, ni la bise à l'angoisse, ça t'fous la poisse, après t'es à cran et ça craint !
Arrête ton char et sors-en, n'dégaine pas ta rengaine de haine et sème tes graines de voix, de joie, d'amour et d'humour :
Aimons nous et animons nous les uns les autres !!
Pratiquons un genre de "Yoga du cerveau", ne restons pas fixés, figés sur une seule et même posture intellectuelle, n'hésitons pas à en changer et à choisir une posture délicate à prendre, qui nous en fait voir (mais qui permet de mieux "se voir", d'en savoir davantage sur nous-même).
Et le cœur vaillant, posons-nous la question adéquate :
A quoi bon s'armer d'un savoir inutile ?



"Quand il y a le silence des mots, se réveille bien souvent la violence des maux."
Jacques Salomé ("T'es toi quand tu parles").

Où tu vas, tu es !
Si tu vas à la guerre, là où tu vas, tuer tu haïs ...
Tu es dans ce que tu fais !

"Un jour, Mulla Nasredin alla chercher du bois dans la forêt. Il mit les fagots sur son dos et enfourcha son âne et prit le chemin de sa demeure. Les gens qui le croisèrent en route, rirent de lui :
- Pourquoi portes-tu les fagots sur ton dos au lieu de les charger sur ton âne ?
- Hommes de peu de foi, non seulement cette pauvre bête me supporte mais en plus vous voudriez que je la charge d'un poids supplémentaire ?
C'est pour ne pas l'alourdir que je porte les fagots sur mon dos !"




Comme souvent, le sage Nasreddin fait l'idiot et se faisant, dans ce conte d'antan, il décrit si bien notre monde moderne !
Dans cet univers serré et étouffant, au lieu de prendre des airs, nous ferions mieux de faire respirer notre vie, de nous faire plus petit, d'avoir (et de faire) moins de besoins.
De là, viendra la vraie légèreté !
Et qu'en dit notre joyeux joyau l'heureux Jodo ?
"... Si l'âne symbolise le corps, le bois un problème et Mulla l'intellect, on pourrait dire qu'il existe des personnes qui croient se débarrasser du poids d'un problème en le comprenant, c'est à dire en l'intellectualisant.
- J'ai tout compris, disent-elles mais, en fait, elles n'ont rien réalisé.
Elles portent toujours le problème .... elles n'ont rien solutionné."

La transformation !
Voilà ce que Jodo a réveillé en moi, l'art de faire feu de tout bois. Tout est signe, signal à déchiffrer.
Et tout cela se transforme et nous met en forme.
Comme disait si bien le "pisscanaliste" (qui parfois, ne se sentait plus pisser et dont certains jeux de mots étaient à se pisser de rire) Jacques Lacan :
"Tout est un signifiant."
Terrien, t'es rien !
Humeur, humus, humain, humilité, humidité, sont tous de la même famille !
Si on l'a à la bonne, humeur devient humour.
On compose avec la vie, on s'amuse avec sa muse et quand la fête est finie, on se décompose. De l'humus naît l'humain qui en redonne à son tour, cela donne du sens à sa vie !
S'il sait rester humble, l'homme élégant demeure réceptif, intuitif et conscient.
Son temps s'écoule cool. Cela coule de source !
Cela n'est réservé qu'à l'homme simple, peinardeau comme un renardeau, curieux mais pas furieux, cultivant la sobriété heureuse, avec de l'appétit pour autrui (humain dans la main, univers l'uni) !
Ce gugusse-humus n'hésite pas à ressembler à Nasreddin lisant une sourate claire et nette comme une clarinette bien jouée :
"Celui qui tue un homme, c'est comme s'il avait tué toute l'humanité,
s'il sauve un homme, c'est comme s'il avait sauvé toute l'humanité !"
Sourate Al Maide 32
Allez, bande de guignols, de branquignols, de oufs et de pignoufs, ne portez plus vos problèmes et vous verrez, vous vous porterez mieux !!!
"Salam Alekoum" !



vendredi 11 mars 2016

"Mollah* Nasr Eddin" n°5


"Il faut être l'homme de la pluie et l'enfant du beau temps."
René Char
Il pleut, ça me plaît.
Les flaques forment de petits lacs.
Le rideau d'eau danse le rigaudon
Et dessine des cercles bien ronds.
L'âme ensoleillée vaque,
Laisse le bon temps rouler.

Passe-heure :
Passent, passent les heures, il n'y en a plus pour très longtemps.
Voilà qu'Umberto Eco meurt à nouveau. Ou peut-être n'est ce que son écho ?
Le hasard fait bien les choses et l'écho ainsi danse !
Voyez plutôt :
Pour cet article, je cherche un conte. Je saisis à l'aveugle dans ma bibliothèque un recueil et je décide que le premier conte qui viendra à moi sera le bon.
J'ouvre le livre et je tombe sur une histoire initiatique de Nasr Eddin qui s'intitule "Le grammairien" !
Je le tiens mon lien avec le dernier message (Eco l'homme des livres, le sémiologue, lecteur de signes, l'érudit farceur et l'aérien grammairien).
"Eco me dit" le proverbe :
"Qui aime bien, charrie bien."
- Pourquoi n'as tu pas cité le fameux :
"Qui aime bien, châtie bien." ?
- C'est mon esprit pacifiste qui s'exprime. Mon côté poète aurait dit :
"Qui aime bien, Char lit bien."
- Bien vu, et comme c'est la semaine de la poésie, évoquer René Char est bienvenu. Par contre, le jeu de mot qui suit, ne s'accorde "guerre" avec ton aspect pacifiste : le char libyen ... "faux pas" s'y fier !
- Ah ! mince !




"Grammaire sommaire".

"Mulla Nasreddin est un passeur. Un jour, l'homme qu'il transporte dans sa barque est un grammairien. En cours de route, ce dernier lui demande :
- Connaissez-vous la grammaire ?
- Non, pas du tout, répond le mulla sans hésitation.
- Eh bien, permettez moi de vous dire que vous avez perdu la moitié de votre vie, réplique avec dédain le savant.
Un peu plus tard, le vent se met à souffler et la barque est engloutie par les flots. juste avant de  sombrer, le mulla demande à son passager :
- Savez vous nager ?
- Non ! répond ce dernier, terrifié.
- Eh bien, permettez moi de vous dire que vous avez perdu toute votre vie !"

S'il ne veut pas avoir l'air idiot, l'érudit avisé doit accorder sa vision du monde à la vie. Son savoir n'aura de saveur que s'il vise le concret. La question à se poser est la suivante :
Mon savoir peut-il s'appliquer à la réalité ?
Le grammairien plongé dans ses kilos de "réa-littré" peut facilement se noyer dans un verre d'eau ou dans ses contradictions !!!
Il y a le savoir utile ancré dans la réalité (savoir-miroir qui permet aux gens de se voir) et le savoir futile et dérisoire (savoir-rasoir qui nous coupe du monde). Ce dernier, inutile et illusoire, il faut le virer, s'en débarrasser.
Un véritable passeur ne jongle pas avec un savoir passe-partout (qui ne mène à rien et n'amène rien de concret) et ne joue pas à cache-cache avec la vie.
Consultons donc  notre "dico Jodo" :
"... A quoi servent les théories sur la sexualité, l'amour, le bien, la prière,  etc ... si je ne les applique pas ?
C'est comme se cacher derrière ce savoir pour ne rien faire."

L'inconscient sait tout !
C'est tout un monde, en lien avec les rêves, les contes ...
Le conte fait rêver et voyager. Tenez, pas plus tard qu'un peu plus haut dans cet article, j'ai fait un lapsus écrit ("scriptae ?), tapant "grand-mère" au lieu de grammaire.
Et dans le même temps, j'imaginais que je me rendais en Ukraine dans une petite pirogue et que je me nourrissais de pirojkis exquis comme seule ma grammaire savait faire.

A savoir : Pirojki, mot polonais qui signifie "pirogue" !
On trouve aussi le mot "Pierogi" !




Pass'heure, je vois une lueur passer dans les yeux du passeur, Baudelaire de rien, il est "l'heure de s'enivrer." :




Et de se dire :
"Eau revoir", Bye baille !", "Bon vent" ...;

P.S : Juste un mot pour le titre "Mollah" Nasr Eddin, c'est un clin d'oeil à la fameuse librairie de Bordeaux et sans le "H" final, c'est la fonction de ce génial sage fou.
Le Molla iranien devient Mulla en Turquie, c'est le maître d'école coranique !



vendredi 4 mars 2016

"Il nome della rosa"


"Il s'agissait de savoir si les métaphores, et les jeux de mots, et les énigmes, qui ont pourtant bien l'air d'avoir été imaginés par les poètes, par divertissement, ne portaient pas à spéculer sur les choses de manière naturelle et imprévisible."
Umberto Eco ("Le nom de la rose")

Le saviez-vous ?
Eco porte ce nom parce que l'un de ses grand pères était un enfant abandonné, "trouvé" (comme on disait alors). A l'époque, en Italie, tout enfant trouvé prenait pour nom Eco, qui signifie "donné par le ciel" !!
"Qu'a fait la chose génitale pour qu'on ne puisse en parler qu'avec vergogne* ?"
Montaigne




"Au nom de la chose", voici "Le nom de la rose".
Ce premier roman, je l'ai dévoré. Ce pavé dans la mare aux "cochons" (moines rustres et frustrés) est passionnant. C'est un vrai livre "tourne-page", étonnant et épatant !
Y'a rien à retirer, ça s'lit d'un trait.
C'est à la fois fin et grossier (mais jamais vulgaire), le propos d'Eco se veut sage (Aristote) et coquin.
("Dieu me tripote ! dirait Pierre Desproges).
Il nous montre des moines inquiziziteurs à la foi vrai cul béni et faux cul inouï et semble leur dire que malgré leur côté "les cénobites tranquilles", ils (elles) ne sont pas si calmes sous leurs robes de bure (l'habit ne fait pas le moine),
Le bénédictin fornicateur aux discours castrateurs, on se demande quel démon l'habite !
"... A lire des livres de médecine, on se persuade toujours d'éprouver les douleurs dont ils parlent."
"Gêne-aise du roman gothique"
En 1970, un éditeur italien propose  à Eco de participer à une nouvelle collection de polars courts et originaux. Il pourrait, par exemple, écrire sur un meurtre réalisé dans une église. Eco fixe sa condition :
"D'accordo, va bene ! mais seulement pour un livre de cinq cent pages."
L'éditeur refuse.
Eco reprend l'idée et prépare son premier roman, un polar médiéval et monacal. La première question qu'il se pose, avec un petit sourire aux lèvres, est la suivante :
"Comment trucider, homicider un ecclésiastique caustique ?"
Le temps passe et à la fin des années 70, le polar est prêt à être publier en Italie et à être traduit en français. En ce qui concerne la traduction, Eco essuie le refus de tous les éditeurs français prétextant que le livre est trop long et qu'en plus, il est intraduisible.
Il ne reste plus qu'un seul éditeur hésitant, mais sous l'influence de sa femme enthousiasmée par le livre, il finit par accepter. Mr Grasset, ne croyant pas au succès du livre, paye le traducteur quatre fois le tarif habituel et en plus donne un pourcentage sur les ventes du roman. Depuis ce temps, Jean-Noël Schifano, le traducteur, est ravi que le livre ait eu autant de succès.


Vers la fin de sa vie Eco commet une erreur de jeunesse !
En 2011,  l'éditeur italien propose à Eco de rédiger une version allégée du roman.
Eco accepte et récrit en se mettant au niveau de la génération "internet". Quand on lit le nouveau cahier "décharge", on croit rêver, on lui demande d'accélérer, de rendre le récit plus vif, de réactualiser le langage, de le rajeunir.
Quel mépris des jeunes !
Fini les tirades philosophiques, les citations libres, le vocabulaire trop soutenu, les métaphormidables
et les paraboles mirobolantes.
Mais, bon dieu ! ce qui intéresse le lecteur de cet ouvrage, c'est justement toute cette petite musique surprenante qui même si l'on ne la comprend pas toujours n'en est que plus charmante.
Pendant ce temps là, Mark Hetting jubile et s'en frotte le mains. Il nous avait déjà fait ce coups là avec le fameux livre de Michel Tournier (mort récemment). Allégé, "Vendredi ou les limbes du Pacifique" est devenu "Vendredi ou la vie sauvage".


Allez, à Vendredi prochain !!!
On se quitte sur la quatrième de couv'  :



Cela est malheureusement toujours d'actualité !
Les citations non identifiées sont extraites du roman.
* Vergogne : honte !
Adichats (Bye bye) !!!